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Leica M Monochrom

Dès l'annonce du M Monochrom, nous avons demandé à Jean Marc Francoz de la Maison du Leica( Leica Store) au Bv Beaumarchais, de nous prêter le nouveau boitier le temps d'un test. "Humm! C'est très compliqué, mais je veux voir". Quelques jours plus tard nous voilà avec la nouveauté entre les mains, pour une journée pas plus, car il est attendu ailleurs.
Que peut-on faire avec en une journée?
Pourrons nous parler de rendu, de contraste, de gamma, de grain, de résolution, de numérisation, de prise de vue en couleur , des Pdv réelles, de comparer avec un film noir et blanc et de faire un parallèle avec le M9?
Ca nous paraît compliqué de faire ces douze travaux, mais la motivation et forte, c'est parti!

 

   

En revenant du Leica Store vers 19h, nous faisons ces images avec une belle lumière de printemps, rare, en cette année 2012.
  

Cliquez sur les images
 

La première chose que nous voulions, c'était de sentir la fusion entre le photographe et ce M numérique, savoir si c'est la même que celle ressentie avec un M classique. Ce boitier provoque-t-il un changement d'attitude dans « l'acte photographique »? Retrouvons-nous le réflexe de regarder et composer pour le noir et blanc?
Sans équivoque notre réponse est oui. C'est un vrai plaisir de cadrer, déclencher, et développer en noir et blanc, là-dessus nous sommes très enthousiastes, savoir qu'avec un tel boitier on ne voit que des nuances des gris, est un très grand plus.

Plus tard dans la soirée, nous faisons quelques images pour analyser le comportement en très hautes sensibilités, Leica annonce 10000 iso! pour ce Monochrom. La marque indique que le retrait des filtres RVB, a permis un gain de 1 IL. C'est ainsi que l'on passe  de 160iso comme sensibilité nominale pour le M9, à 320iso sur le Monochrom. Alors comment est-ce que dans les hautes sensibilités, on passe de 2500 iso, le maximum pour le M9, à 10000iso sur le M- Monochrom?.

La première réponse qu'on peut imaginer est que la disparition du bruit de chromie, permet la gestion du bruit de luminance plus efficacement par les différents traitements, et de ce fait on obtient un gain de 2IL, et les 10000iso deviennent  possibles
 

 

Summicron-Asph f/2 640Iso                                                  Cliquez sur l'image
640Iso pourraient être la sensibilité nominale, tant la qualité est ressemblante à celle obtenue avec 320Iso. Mais si on regarde attentivement, on repère deux secteurs en dehors de la réponse du capteur. Les cheveux blancs, et le ciel en haut à droite, c'est peut être un peu hâtif de tirer une conclusion aussi tranchée, mais nous avons remarqué que plus on monte en sensibilité, plus les hautes lumières sortent de l'étendu utile du capteur . Nous conseillons vivement d'exposer comme en diapositive, il faut tout faire pour sauver les blancs dans les images à grand écart de luminances. Si on veut travailler avec la cellule de l'appareil en mode semi auto, il ne faut pas hésiter à corriger l'expo de -1 et -2 stops selon les sujets.
 

 

Iso 1250 Elmar 24mm-Asph-f/3,8                                          Cliquez sur l'image
À 21h, quand les yeux sont déjà en mode félin, le Monochrom à 1250Iso voit encore comme en plein jour. Ce sera très intéressant de voir les prochaines années, les images que les photographes produiront avec cet outil qui peut voir à la lumière du soleil comme à celle de la lune, avec la même acuité. Quelles images produiront, le couple Noctilux 50mm f/0,95 et le Monochrom à 10000 iso.
 

 

 10.000 iso Elmar 24mm-Asph-f/3,8                                     Cliquez sur l'image
Impressionnant! sur l'image présentée à 1600pixel de largeur, nous ne pouvons voir le grain (bruit). À 100% dans le dematriseur on le voit nettement dans les zones floues de l'image, par contre là où il y a de la matière c'est plus difficile à voir. Avec le firmware 012 du boitier, les valeurs de diaphragme ne sont pas retenues dans les Exif, alors nous ne pouvons vous dire à quelle ouverture nous avons fait ces images, par contre on peut dire que c'était très sombre, au point, d'avoir du mal a faire la Map. 
   

 

 Iso 320 Elmar 24mm-Asph-f/3,8                                      Cliquez sur l'image
Avec cette image en grade dur, et sur développé, nous voulions savoir si on pouvait faire du charbon. La réponse visible ci-dessus, est très éloquente, car la signature numérique disparait complètement, pour laisser place au rendu Rodinal sur grade 3 ou 4.
 

 

Iso 320 Elmar 24mm-Asph-f/3,8                                          Cliquez sur l'image
Retour en ville vers 22h. 1/12s à f/8 pour cette image. Que dire, appart un, c'est du Leica on ne voit pas. Même avec une loupe totale on ne voit pas de faille.Bravo
 

 

10000 iso  Elmar 24mm-Asph-f/3,8                                        Cliquez sur l'image
À la cave dans un bruit insupportable, pleine ouverture au 1/60. Le grain est perceptible, mais pas nuisible, les tons des caisses et cymbales sont bien respectés, il y a aussi de détails dans les parties les plus sombres de l'image. 

 

Lendemain matin
Hier soir nous avons eu le ressenti du premier contact avec l'appareil. Le Clic! sans mode d'emploi, intuitif, directe, rassurant... on vise et Clac. Bon, il faut dire que pour le Clic-Clac, Leica peut mieux faire, même si nous avons remarqué une légère amélioration par rapport au M9, on est loin du silence des M classiques. Il parait qu'à une époque, dans certains espaces publics on ait toléré que les appareils Leica M par leurs discrétions.
Aujourd'hui l'obturateur allant jusqu'au 1/4000s et le réarmement motorisé on poussé Leica à sortir du silence. Toutefois avec le mode discret et son réarmement différé, son bruit est nettement plus discret que celui des reflex actuels.

Pan-chrome   Monochrom    A-chrome 

Le nom de fantaisie du nouveau-né (Monochrom), parait juste et synthétique quand on l'entend la première fois, mais en réalité, il est très réducteur.
Car, même les images finales produites avec cet appareil ne sont pas monochromes, mais achromes (sans couleurs). Appeler un appareil-capteur Monochrom (une couleur) quand en fait il s'agit d'un appareil panchromatique (toutes les couleurs) nous paraît être une mauvaise idée. Peut être qu'ils auraient mieux fait, d’affirmer haut et fort un événement mayeur dans l'histoire des appareils photographiques, qu'est le fait d'avoir créé le premier télémétrique 24x36 en noir et blanc avec une surface sensible panchromatique unique. Le Leicapan. Et s'inscrire ainsi dans la longue descendance d'un autre Allemand, Herman Vogel*, le découvreur de la sensibilisation chromatique en 1873, ce qu'a permis l'avènement des émulsions panchromatiques.

Leicapan
Panchromatique, voilà le mot que tout photographe devait comprendre pour maitrisér l'éxposition et le rendu avec ou sans filtres, à l'ère du film noir&blanc.

En numérique jusqu'à l'apparition de du M-Monochrom, on faisait la conversion du fichier couleur vers le noir et blanc avec les logiciels de traitement d'images et leurs curseurs permettant de faire varier la luminosité des gris pour chaque couleur du spectre. Cette technique permettait une grande variété des rendus, mais c'était seulement du post-traitement à partir du fichier Raw couleur, avec tous ses inconvénients; pas d'original en noir&blanc, grand écart d'interprétation en post production, rendu variable selon l'évolution de moteurs de traitement et du type de matrice Bayer.
En argentique il y a eu aussi des compromis de ce type. Des photographes travaillant en négatifs couleurs, tiraient leurs clichés sur papier noir et blanc, Kodak a même fabriqué un papier dedié à cet effet*. 
Les ingénieurs de chez Leica, désireux de trouver un outil numérique qu'aurait le même rendu que celui obtenu par les films argentiques classiques, a etudié un capteur sensibilisé d'usine, c'est à dire avec un rendu reconnaissable et unique, un rendu que le photographe pourrait appréhender fur à mesure de sa pratique. C'est ce rendu que nous essayerons de voir dans cette partie du test.
*(Ektamax RA-KODAK PROFESSIONNEL PORTRA Papier couleur sur base RC, il permet de produire des tirages noir et blanc, à partir de négatif couleur et noir et blanc).

Achrome
Les émulsions argentiques sont naturellement sensibles dans les bleus avant la Hyper-sensibilisation aux autres couleurs. Au contraire, et comme tous l’utilisateur du M8 le savent, le silicium est naturellement sensible dans les rouges, voire les infrarouges.
Le progrès accompli par Leica et Kodak pour filtrer le capteur du M9, et l'empêcher de voir ce que nous ne saurions voir, ont été remarquables et remarqué par tous les utilisateurs dés ces boitiers.

Sur le M-Monochrom tout ceci doit étre réetudié, car la matrice Bayer disparaît et avec elle le contrôle sélectif des luminances avec les logiciels de dématrisage, mais reste la forte sensibilité aux rouges-infrarouges. Alors quel est le choix de Leica, comment ont ils filtré le CCD?, quelle est la traduction de chrominance en luminance? S'approche-t-elle de celle des films T-Max actuels?.

Pour commencer, une mire conçue pour ce test sera photographiée par les trois systèmes à comparer. En premier nous verrons la courbe de réponse du film TMY400-2, cette courbe nous servira de référence pour la comparer au rendu des Leica M9 et   Monochrom
 

 

Sur l'image de gauche nous avons tracé deux courbes, en noir, la courbe représente la sensation d'équivalence pour notre regard, bien entendu, pour chaque observateur il peut y avoir des différences, mais la forme finale de la courbe devrait être assez proche de celle-ci, (noir). Avec des traits en blanc, la conversion en noir et blanc (par défaut) dans Photoshop, à droite l'image en niveaux des gris telle que vue après conversion. Nous constatons un grand ecart en luminance des deux courbes, mais leurs forme est très resemblante. Les niveaux son plus clairs pour le jaune et le cyan et plus sombres pour les autres couleurs. Le bleus etant la couleur que produit des equivalances en gris le plus sombres. A partir de ces repéres nous verrons les rendus pour le Leica M monochrom et M9

 

Les courbes gravés dans la matiére
Première bonne surprise, avec cette mire photographiée dans les mêmes conditions, avec le film Tmax400-2 (numérisé avec le Flextight X5), et Leica M-Monochrom développé dans CaméraRaw. Nous pouvons voir que les courbes obtenues par cette méthode sont très proches, si on observe attentivement le rendu en nuances de gris, on voit que mis à part le grain, les tonalités sont très ressemblantes, avec un léger avantage dans les bleus et jaunes pour le Leicapan, car plus saturés aussi on constate que dans les rouges, les réponses sont équivalentes avec la Tmax, donc pas des surprises, avec le Monochrom il n'y aura pas de rouges trop clairs. On remarque aussi le pic plus clair dans le cyan pour le Tmax, cette indication confirmerait la plus grande sensibilité des films dans les tons bleus lumineux.
Avec d'autres essais on pourrait voir plus finement les rendus pour ces deux surfaces sensibles, mais nous avons déjà une réponse panchromatique comparable, et comme nous le disions plut haut, immuable, quel qu'il soit le scanner ou logiciel de traitement d'images, "le rapport (couleurs > niveaux de gris) restera le même".
  

 

L'infinie incohérence
Ici la mire à était photographié avec un M9, dans les mêmes conditions que précédemment. À gauche la conversion en noir et blanc sous Photoshop (noir et blanc par défaut), à droite sous Light room (automatique). La première chose que saute aux yeux et la très grande différence des rendus, par exemple les magentas et bleus (à gauche de la courbe) sont très différencies dans Photoshop, et absolument identiques dans Light-Room, de même les cyans et les jaunes sont aux mêmes niveaux dans LR4, quand dans Photoshop sont nettement différents. De plus les captures d'écran nous montrent la cacophonie chez Adobe, car pour la même fonction nous avons des curseurs en pourcentage dans Ps et avec des valeurs arbitraires dans Lr. Toutes ces approximations nous paraissent très nuisibles à la pratique photographique c 'est  pour quoi nous saluions l'apparition du Leicapan et sa signature en forme de M, M comme...

Pour finir avec la courbe du Leica Monochrom et sa relation aux couleurs, nous avons fait la même prise de vue, mais cette fois filtrée avec un filtre B+W jaune-orange (040). Avec les images ci-dessous nous constatons le fort changement de rendu avec ce filtre. Les tons froids de la mire s'assombrissent et gênèrent un rendu plus contrasté entre les bleus-cyans et le jaune rouges, par contre le cyan et le vert perdent leurs écarts de densité. Nous n'avons pas le temps de comparer avec des Pdv réelles les rendus, mais nous avons fait quelques images avec ce filtre. Il serait très intéressant de faire un test avec plusieurs filtres et voir leurs rendus en photographie courante.
 

 

 

Midi
Il nous reste peut de temps pur voir les autres aspects du Leica Monochrom que nous paraissent intéressants. La résolution par exemple, beaucoup des photographes se demandent si elle est plus importante que sur le M9. On aimerait voir aussi son comportement en tant que numériseur, pour avoir une alternative au scaner de films, et  aussi, la pratique de la photographie en couleur avec un capteur monochrome, avec la méthode appelée "Trichromie" et aussi le comparer en pratique avec un M avec du Tmax400.

La résolution par rapport à un M9
Nous avons photographié nos mires aux trois rapports 1/25, 1/50, et 1/100 de la focale, ici nous avions un 35mmf/2 asph. Pour ne pas encombrer ces pages de présentation, nous montrerons qu'une série des trois mires, le choix a été fait pour mettre en valeur les différences entre ces deux boitiers.
 

 

Taille réelle de l'image sur le plan focal                                                      Cliquez sur les images

Avec cette Pdv,  faites avec le Summicron 35mm f/2, à 240cm de la mire, nous avons mis en relief plusieurs aspects, dans le premier couple d'images, on peut voir un agrandissement à 200% du fichier M9 et sa conversion en N&B dans photoshop. Les artefacts colorés propres à la mire Bayer sans filtre antialiasing et son très bon rendu en niveaux des gris sont bien visibles. Le deuxième couple montre l'image obtenue avec le M9 et le Monochrom. Le regard attentif nous permet de voir  que dans toutes les combinaisons de couleurs, le résultat sont supérieur avec le Monochrome, et même sur la mire en noir et blanc le rendu est plus net.
Avec le troisième couple, on confirme les grandes différences entre les systèmes.Sur l'image faite avec le M9 la matrice Bayer fait des siennes par tout ou elle peut se faire remarquer, avec le Monochrome tout est la dans le calme. Par ailleurs, on constate  aussi l'excellence du couple Summicron-Leica M9 ou Monochrom.

  

Deuxième partie

    

La numérisation et la trichromie en Monochrom

 

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