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Chambre avec Vues
une image pour des images

Revoirfoto crée une nouvelle rubrique. Nous souhaitons vous faire découvrir des lieux (réels et virtuels) d’échange et de partage autour de la photographie. Pour inaugurer cette série d’articles, nous avons rencontré les fondateurs de Chambre avec Vues, une galerie qui prend soin de ses images.

Chambre avec Vues : cinq ans d’image(s).
En 2005, Agnès Voltz, Michel Cabellic, aujourd’hui disparu, et Bernard Derenne, trois anciens de chez Gamma, ont ressenti l’envie de créer une galerie qui soit un lieu de rencontre entre la photographie et tous ceux qui s’y intéressent : les photographes eux-mêmes, les collectionneurs, les acheteurs et les amateurs éclairés ou désireux de l’être. De cette idée est née Chambre avec Vues, une galerie parisienne située dans le 11e arrondissement. Cinq ans, cela n’est déjà pas si mal, mais la véritable consécration, c’est lorsque des visiteurs leur disent : Bien sûr, cela fait au moins dix ans que j’entends parler de vous.
 
Une ligne éditoriale qui n’en est pas une.
Agnès Voltz et Bernard Derenne ne font pas de choix a priori. Leur ligne éditoriale repose sur deux fondamentaux. D’abord, exposer de la photo et uniquement de la photo. Ensuite, « marcher » aux coups de cœur, aux affinités électives.
Notre approche est purement photographique. Notre point de vue n’est pas celui du plasticien. En revanche, nous nous efforçons de présenter des choses très différentes, même si on nous a parfois dit que nos choix étaient proches de la peinture. Ce fut le cas avec Alexeï Vassiliev, et ça l’est une nouvelle fois avec Rosa Basurto. [NDLR : voir l’article sur l’exposition de Rosa Basurto, actuellement à l’affiche de la galerie] Cela est vrai aussi bien pour le genre de photographies exposées que pour les thématiques retenues. 

 
  

 


On peut cependant se demander pourquoi, eu égard au passé de ses créateurs, le photojournalisme est peu présent dans la galerie (bien que Sarah Caron ait été récemment exposée). Dans le photojournalisme, il y a beaucoup d’artistes talentueux, mais notre structure n’est ni institutionnelle, ni subventionnée. Elle ne nous permet pas d’exposer des photographies qui devraient être véhiculées par des livres, journaux, magazines, et présentées dans des lieux tels que Visa pour l’image.
Dans le support des tirages aussi, les choix sont éclectiques. De nombreuses galeries sont attachées à suivre une ligne éditoriale très classique, en ne présentant par exemple que des tirages argentiques. Nous préférons fonctionner au coup de cœur. Si un tirage au jet d’encre nous plaît, nous ne voyons pas le problème. Nous alternons des traitements classiques, comme avec Jean-Marie Francius par exemple, et contemporains. Nous avons aussi exposé des tirages palladium. C’est au photographe de choisir la manière dont il souhaite que son travail soit représenté.
Le résultat, c’est une image très positive de galerie qui s’investit pour ses photographes.
Chambre avec Vues n’est pas un marchand d’espace mais un lieu qui s’engage pour la diversité et la qualité de ses expositions. Le rôle de découvreurs est très important pour ses fondateurs. À un autre niveau, ces choix ont aussi une influence sur le public de visiteurs et d’acheteurs, venus voir des œuvres qui les touchent. Nos clients ne sont pas systématiquement des collectionneurs, mais bien souvent des acheteurs uniques.
 
 

 

 
Les mécanismes d’une exposition ?
Agnès Voltz et Bernard Derenne montent entre cinq et six expos par an. Bien qu’ils soient très sollicités, ce sont eux qui, dans la grande majorité des cas, trouvent les exposants. Nous découvrons souvent les photographes lors d’expositions collectives. Nous sommes alors heureux de leur permettre d’être exposés seuls pour la première fois. Pour l’exposition actuelle, nous avons fait la rencontre de Rosa Basurto à Arles, au moment de la lecture des portfolios. Beaucoup de photographes viennent y chercher l’avis de professionnels rassemblés à ce moment-là.
Le contrat qui nous lie ensuite au photographe est très libre. Nous ne voulons pas qu’il soit prisonnier de la galerie… et inversement. Nous possédons l’exclusivité des tirages de l’exposition pendant la durée de l’exposition. Plus une exclusivité sur une sélection d’images de l’exposition pendant une durée d’un an, renouvelable par tacite reconduction. Jusqu’à maintenant, il n’est jamais arrivé qu’un photographe souhaite rompre cette reconduction, et nous ne l’avons jamais rompue non plus.
La galerie prend en charge les frais de vernissage, d’invitations, de communiqués de presse… Quant à la rémunération du photographe, elle varie légèrement selon l’implication financière de l’auteur en amont de l’exposition (certains tirages sont déjà encadrés par exemple). Mais les prix pratiqués à la vente se veulent raisonnables
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Plus qu’une simple galerie.
Les activités de Chambre avec Vues ne prennent ainsi pas fin avec les expositions. Nous possédons un stock de photos qui sont conservées ici. [NDLR : à l’étage de la galerie] L’idée est de continuer à représenter les photographes. Il arrive également souvent qu’un acheteur vienne nous voir longtemps après que l’exposition a fini.
Cet accompagnement du photographe se fait aussi en amont. La viabilité économique de la galerie passe en effet également par la vente de services en photographie tels que l’editing, la création de portfolio, l’assistance dans la réalisation de projets éditoriaux ou la mise en place d’expositions dans d’autres lieux. Par exemple, vous souhaitez faire réaliser une « lecture » de vos clichés afin de retenir une sélection cohérente de quarante ou cinquante prises. Il vous en coûtera alors une centaine d’euros pour cinq cents photos.
 


 

Les pistes pour l’avenir.
Nous songeons de plus en plus à avoir des échanges avec des galeries étrangères. Le marché français semble saturé, mais il est dynamique dans certains pays d’Europe. Nous aimerions aussi faire davantage circuler les expositions, comme nous avons pu le faire avec Alain Cornu.
Côté édition, cela semble plus délicat. Il y a déjà eu des projets, notamment lors de l’exposition Terre des pôles sur les grilles du jardin du Luxembourg l’année dernière, mais cela reste très difficile. Enfin, nous voudrions recentrer nos activités. L’aspect conseil devrait diminuer dans notre activité, afin que nous puissions davantage nous concentrer sur notre rôle de galeristes et continuer d’exposer ce qui nous plaît.

Entretien : Tin Cuadra et Florent de Arriba
Texte : Florent de Arriba
Photographies : Tin Cuadra

Chambre avec Vues
3, rue Jules Vallès 75011 Paris                                 
+ 33 1 40 52 53 00
Ouvert du mardi au samedi,
de 14h à 19h, et sur rendez-vous
www.chambre-avec-vues.com

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