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Stéphane Couturier Vista Grande, Road San Diego, CA, 2002
Courtesy galerie Polaris

Stéphane Couturier 

Pour avoir pendant plusieurs années accompagné les réalisations des architectes par une représentation photographique documentaire de leurs travaux, Stéphane Couturier, artiste plasticien mondialement reconnu, connaît parfaitement l'analyse des formes, des couleurs et des structures de l'architecture et porte sur elle un regard personnel et contemporain.


Le contexte urbain 
L'intérêt du travail "plastique" de Stéphane Couturier ne se porte pas sur le bâtiment seul mais sur le contexte urbain dans lequel il se situe. "Alors que la photographie d'architecture isole très souvent un objet architectural de tout contexte, mes photographies, en soulignant la pureté des volumes sous la lumière, évoquent la contextualité de la ville."1


            
Stéphane Couturier Boulevard Morland, Paris IV 2001
                                                          Courtesy galerie Polaris
 

Pour Couturier, la ville est comparable à un être vivant, faite de strates continues, des métamorphoses laissant derrières elles des traces dispersées, matières et couleurs.
Dans la relation contemporaine qui unit la photographie et la ville, l'œuvre de Stéphane Couturier est intéressante par l'ensemble des langages qu'elles supposent.
"Ce qui m'intéresse, c'est de produire une image ambiguë, une image au croisement de différentes lectures documentaires, plastiques, urbanistiques ou sociologiques."2
 
La ville mutante
À partir de 1994, le photographe entreprend son travail nommé Archéologie Urbaine. Cette série constitue une rupture dans son travail et dans sa situation de photographe puisque, sans négliger la nécessité de documenter objectivement le site comme le conçoit la photographie d'architecture traditionnelle, il affirme, dans ces images, son point de vue en tant qu'artiste.
Couturier s'intéresse particulièrement à la ville "mutante", la ville en mouvement, qui se transforme, celle des chantiers et des grands travaux.
Rénovation de la Villa Noailles (1996), du Grand Palais (1998), ou de simples immeubles modeste, le chaos des chantiers urbains est matière et prétexte au réagencement de la profusion des signes qu'il crée.
Ainsi, il extrait des fragments d'informations, associe les indices pour recomposer l'espace, théâtralise son sujet par une interprétation frontale systématique du lieu. La série d'images sur Berlin est, à ce titre, tout à fait éloquente.
Berlin, dans une certaine mesure, peut être considéré comme une ville expérimentale. Sa lente restructuration depuis la seconde guerre mondiale et les bouleversements créés par la réunification en 1989 ont fait de la ville un véritable laboratoire urbain résumant à lui seul les transformations du monde contemporain en occident.

Berlin donne une mesure des rapports complexes entre la ville et la société mais aussi entre la ville et l'art puisque à travers sa lente et progressive reconstruction, Berlin se recherche une nouvelle identité, à la fois sociale et architecturale.
 
Le fouillis architectural

Avec Stéphane Couturier, la ville est prise de face, avec la exactitude infaillible du cadrage et du détail inhérents à la prise de vue en appareil grand format. Les lumières sont souvent douces, peu contrastées, ce qui provoque dans l'image un effet de théâtralisation et donne à voir la ville et le réel comme un spectacle.
Échafaudages, tuyaux, grues, matériaux de construction, forment autant de trames, de lignes qui, en se superposant à celles de la ville construite, dévoilent des espaces inconnus ou insoupçonnés, des temporalités multiples. Les strates mises à jours son intégrées par la photographie dans un moment d'unification qui met tout à plat.
"La confrontation des plans, […] la dé-hiérarchisation du sujet […] et la prolifération des signes"3 recomposent un espace autonome lui-même enfermé dans un épais cadre. Le sujet est éparpillé dans une multitude de couleurs, de matières et d'indices.


Stéphane Couturier Krausenstrabe 1995 Courtesy galerie Polaris
                                                         
 
Le ciel n'apparaît dans aucune des images de la série sur Berlin, questionnant ainsi la composition en désorganisant la lecture de l'image puisque, par ce parti pris, difficile de savoir où l'œil du spectateur va se diriger, quel parcours il va suivre.
Un "montage" du réel et de ses signes donc, exprimant le trop-plein, le "fouillis architectural," l'effervescence des constructions et des restructurations subies par la ville.
À travers ses images, Stéphane Couturier nous parle de ses différentes perceptions de la ville et de l'espace. Sa principale force, c'est la perception des "couches de visualités" qui composent tous les fragments de la réalité; et la mise en scène, la théâtralisation de cet état de choses par une recomposition savante de l'image au moyen du cadrage et des jeux de couleurs.

Jórdi Gourbeix

1-Stéphane Couturier, interview parue dans les Chroniques de la BNF, n°37, troisième trimestre 2004, p. 15
2-Stéphane Couturier, ibid, p.15
3-Stéphane Couturier, ibid, p.15
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