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Revue Etudes Photographiques (1)
Avant-garde de la recherche en photographie
Fondée en 1996, Etudes Photographiques s’ouvre à toutes les problématiques qui traversent le champ universitaire de la photographie. Interdisciplinarité et exigence de la réflexion caractérisent cette publication menée par une équipe d’universitaires en phase avec les mutations profondes que subit la photographie d’aujourd’hui. Rencontre avec André Gunthert (2), rédacteur en chef.

 






Comment la revue est-elle née au sein de la Société Française de Photographie (3) ?

Rappelons que la Sfp existe depuis 1854, un record mondial de longévité pour une association de photographie ! Mais au début des années 1990, la Sfp se trouvait au bord du dépôt de bilan avec la perspective de voir s’éparpiller sa collection entre différentes institutions… À partir de 1993, un groupe de jeunes chercheurs a alors milité pour prendre le contrôle de l’association et l’a modelée en société spécialiste de l’histoire de la photographie. EP est née dans ce contexte, en disposant de la collection de la Sfp mais aussi, et c’était nouveau, de celle de la Bibliothèque Nationale de France. 
 

Quelle est la vocation de cet   « espace » dédié à la 
photographie ?

La revue se veut un état des lieux de la recherche en photographie, à la croisée de toutes les disciplines : sociologie, histoire, etc. Mais l’interdisciplinarité est presque naturelle lorsque l’on étudie un médium qui fait se rencontrer, par exemple, la culture et la technique. Et bien sûr, nos activités à Paris I ou à l’Ehess nous permettent d’être à l’avant-garde en matière de recherche. Cette vocation, cette interdisciplinarité ont sans doute contribué à légitimer la photographie en dehors du champ des Beaux-Arts. 
   

Avez-vous fixé une ligne éditoriale ?

Notre seule ligne éditoriale est celle de la qualité des travaux publiés ; notre sélection repose sur cet unique critère. EP est peu à peu devenue une référence, notamment pour des chercheurs étrangers qui ne disposent pas d’une telle publication dans leur pays. Nous sélectionnons nos auteurs et, en retour, nous nous imposons de réaliser une publication de qualité : les traductions sont professionnelles et, bien sûr, le budget iconographie n’est pas négligé… Il paraît que les trois premiers numéros sont des collectors !  
 

Revue d’histoire, EP est également au cœur des bouleversements qui touchent, entre autres, aux usages de la photographie cette dernière décennie…

Oui, nous vivons actuellement un basculement, une véritable révolution de l’univers iconographique et des usages de la photo, sans doute aussi importante que l’invention de la photographie. Alors qu’au moment de l’invention de l’Aps, tout le monde pensait que la photo était finie, elle est aujourd’hui la dernière technique à la mode : regardez comme la microinformatique et les téléphones portables s’en sont emparés ! Il faut du temps pour digérer ces changements mais, en tant qu’historiens, nous avons déjà eu une démarche similaire sur d’autres événements de l’histoire du médium. L’histoire est donc un excellent outil pour observer et comprendre ce qui se passe aujourd’hui ; EP met à la disposition du public cette approche rigoureuse et analytique.  
 
 

Par exemple, l’accès aux images et le rapport à l’image numérique sont non seulement des perspectives pour la recherche, mais aussi des problèmes que vous rencontrez certainement dans la réalisation concrète de la revue et de son site Internet…

Un premier problème concerne la recherche. Nous savons à quel point il est difficile d’avoir accès aux images pour une recherche sur la photographie contemporaine. Comment écrire un article indépendant sur Cartier-Bresson ? La seule garantie pour pouvoir publier ses photos est celle de la « biographie autorisée »… Le deuxième problème est celui de l’Internet. Le site d’EP existe depuis 1998 et la moitié des articles sont aujourd’hui en ligne, mais la publication des images est actuellement impossible, pour des raisons juridiques. C’est un nouveau modèle de consommation des objets virtuels qui est en question. La problématique est proche de celle de la musique numérique. Il faudrait parvenir à accorder les nouveaux usages à une nouvelle forme d’édition des images sur le Net.   
  

Des solutions émergent-elles ?

Nous y réfléchissons beaucoup à EP car nous envisageons la mise en ligne d’images à la fin 2005. On pourrait imaginer trois conditions à cette mise en ligne, afin de satisfaire tout le monde : un format qui doit rester modeste (500x600 pixels) ; une protection minimale sur les images pour qu’elles ne soient pas copiables à l’infini ; un contrat de lecture avec le lecteur. Il faut inventer des nouvelles règles pour éviter deux extrêmes : accepter la gratuité totale des images et de leur conservation ou écrire sur la photographie sans publier d’images. La Revue de l’Art a mis en ligne 15 ans d’archives (4)… et aucune image ! A nous donc, de réfléchir à un nouveau modèle.

Raphaële Baïl

(1) http://etudesphotographiques.revues.org
(2) Maître de conférence à l’Ehess.
(3)
http://www.sfp.photographie.com/
(4) http://www.persee.fr/

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