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Lugares del alma (Lieux de l’âme)

Rosa Basurto, jeune photographe espagnole, expose pour la première fois ses œuvres en France à la galerie Chambre avec Vues (Paris 11e). Pour revoirfoto, ce nouveau visage est l’occasion de partir à la découverte d’un imaginaire à la puissance onirique et à l’esthétique pittoresque.

Peindre avec la lumière1
Ce qui frappe d’abord le spectateur des œuvres de Rosa Basurto est une question : suis-je en présence d’une peinture ou d’une photographie ? Et il n’est pas si facile de trancher… Les petits récits mis en scène par l’artiste, dans des ambiances naturelles teintées de rêve (souvent reposant, parfois angoissant), sont en effet proches de l’esthétique pictorialiste².

Cet égarement joyeux du spectateur est source de réflexion. Les tirages sont là pour nous rappeler que la frontière entre les arts de l’image peut être ténue. Les allers-retours entre peinture et photographie font songer, plutôt qu’à une boucle, au signe de l’infini. Loin de se succéder dans la tentative un peu vaine de montrer la supériorité de l’un sur l’autre, ils s’alimentent et s’enrichissent de leurs tâtonnements successifs et alternatifs (souvent en relation avec la découverte de nouvelles technologies, ou de procédés d’utilisation inédits).

Plusieurs photos pour une image
Les tirages de Rosa Basurto sont constitués d’au moins deux « couches », parfois trois. Prenons l’exemple de l’image des coquelicots, dans la série Mirando al cielo. La première couche (prise de vue) est celle des coquelicots eux-mêmes. Les oiseaux constituent la seconde. Enfin, la troisième est une texture de parchemin, qui permet de donner au ciel cette allure si particulière. Mais contrairement au pictorialisme, rien n’a été retouché. C’est sans doute là que réside la principale originalité de ces œuvres. La transformation de la réalité est rendue possible sans que les matériaux bruts de construction de l’image soient eux-mêmes modifiés. Leur interdépendance et leur association sont les seules responsables du doute qui s’insinue dans l’esprit du spectateur. Il pense parfois contempler une peinture alors qu’il regarde trois photos. C’est tout le paradoxe de la « non-photographie » de Rosa Basurto. L’artiste prend un certain plaisir à troubler le spectateur, à ne pas lui révéler immédiatement le caractère photographique de ses images. Mais dans ce dessein, elle utilise encore plus de photographies.

 

1 Le terme « photographie » est composé de deux racines grecques. Le préfixe « photo » renvoie à la clarté, la lumière. Le suffixe « graphie » est issu d’un verbe qui signifie peindre, dessiner, écrire. Littéralement, photographier, c’est « peindre avec la lumière ».

2 Le pictorialisme, mouvement en vogue à partir de 1885, souscrit à l’idée selon laquelle l’art photographique doit simuler la peinture et l’eau-forte. Il fut rendu possible par le procédé photographique dit « à plaque sèche », inventé en 1871.




Un univers fait de sensations
Ces œuvres très esthétiques mêlent ainsi plusieurs "couches" et techniques. Le visiteur de l’exposition est lui aussi partagé entre l’impression de contempler une œuvre déjà vue et la sensation de se trouver face à une création originale.
Les paysages représentés par Rosa Basurto interprètent ceux qui vivent dans ses souvenirs et son imagination. Une certaine irréalité transparaît dans les clichés, à l’image de cet arbre qui a poussé face au vent, et dont la forme (torturée mais solidement ancrée au sol) semble impossible. Une sérénité aussi, celle d’un arbre millénaire, qui date des premiers temps, Primo tempo, comme le nom de la série dont il fait partie. Et des forces de la nature, dont l’homme doit s’accommoder : si l’arbre ne bouge pas d’un pouce, s’il ne fait qu’un avec le vent, ce n’est pas le cas de la montgolfière, fétu de paille emporté par le souffle.

L’imaginaire de la photographe se construit souvent autour de références et de symboliques mythologiques : une Arcadie rêvée, comme dans la série Paisaje soñado, aux accents bruegeliens ; le labyrinthe ou les forêts très ovidiennes de Primo tempo. D’autres clichés, plus sombres, font la part belle aux atmosphères brumeuses, aux teintes sépias, aux maisons isolées. Mais partout, le ciel marque fortement sa présence et donne leur ton aux images. Comme si ces « lieux de l’âme » se projetaient dans les cieux…

                                                Florent de Arriba


 

Galerie Chambre avec Vues 
3 rue Jules Vallès 75011 Paris
Renseignements : Tél : + 33 1 40 52 53 00
Horaires :
Ouvert du mardi au samedi, de 14h à 19h, et sur rendez-vous
Fermeture le lundi.
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