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Eugène Atget
Photographe du vieux Paris

Jusqu'au premier Juillet 2007, à l'occasion du 150ème anniversaire de la naissance d'Eugène Atget, la Bibliothèque nationale de France (BNF) rend hommage à l'un des pionniers de la photographie moderne en présentant une sélection exhaustive de son oeuvre. 350 tirages originaux à découvrir dans la galerie de photographies du site Richelieu.

Bien qu'ayant photographié tout Paris pendant plus de vingt ans, la réputation d'Eugène Atget en France reste très modeste. Alors qu'au Etats-Unis et en Allemagne ses images sont indiscutablement considérées comme des chefs d'œuvres d'art moderne ayant ouverts à la photographie des voies jusqu'alors réservées aux arts nobles comme la peinture, en France, seul un petit cercle d'éclairés apprécient à sa juste valeur ce travail tout à fait exceptionnel.

Photographe documentaire
Entre 1890 et 1920, Atget gagne sa vie en photographiant un à un chacun les quartiers de Paris. Les vieux quartiers, qui résistent aux transformations architecturales décidées par Haussmann, sont le sujet privilégié du photographe qui se considère avant tout comme un documentariste. En effet, ses principaux clients sont les institutions officielles d'urbanisme ou le musée Carnavalet, qui retrace l'histoire de Paris. Mais Atget vend aussi ses clichés aux artisans, ferrailleurs ou ébénistes, qui s'inspirent de ses images détaillant avec précision les grilles, rambades ou rampes d'escalier. Contrairement aux pictorialistes de l'époque, qui tentent de rapprocher la photographie de la peinture en jouant sur les effets de flous et de retouche, Atget utilise la photographie simplement pour ce qu'elle est : la possibilité de fixer la réalité avec la plus grande précision.  

Le Paris populaire  
Ce qui intéresse Atget, c'est le Paris populaire qui est en train de disparaître sous ses yeux, à la vitesse des rénovations rapides organisées à Paris à la fin du XIXème siècle. Fils de charron, né en 1857 à Libourne, orphelin très jeune, Atget semble être sensible à la condition des individus qui lui ressemblent. Il réalise de nombreux portraits de ces gens, croisés au fil de ses marches à travers la capitale, qui représentent le peuple de Paris. Vendeurs ambulants, cireurs, rémouleurs, Atget fait les portraits de chacun de ses petits métiers, comme s'il avait conscience qu'ils allaient disparaître et qu'il fallait en garder une trace.

Le décor
Mais rapidement, Atget fixe son attention non plus sur les personnages de Paris mais sur leur décor. Infatigable, Atget photographie tout les jours, tôt le matin, les ruelles encore vide de la capitale. Transportant son énorme chambre en bois, quartier par quartier, rue par rue, maison par maison, il fait l'inventaire méthodique de tous les recoins de la capitale. Ce qui étonne dans l'exposition de la BNF, c'est de voir à quel point Paris s'est transformé. A l'époque où Atget photographie, le 16ème arrondissement à l'air d'un petit village de campagne, les quai de Berçy, aujourd'hui inondés de constructions, ont, dans les images d'Atget, l'apparence des bords des canaux de province.
 

Un talent sous-estimé 
Dans les années 20, alors que l'œuvre d'Atget était inconnue du grand public, un jeune photographe américain vivant à paris, Man Ray, s'enthousiasmait pour ces images de Paris. Lié à la revue Surréaliste, Man Ray propose à Atget de lui acheter une cinquantaine de tirages pour les publier. Atget accepte mais demande à ce que son nom ne figure pas dans la parution. Etonné, Man Ray lui demande pourquoi il ne veut pas être cité. Atget répond : "Ce n'est pas de l'art, ce ne sont que des documents." Modeste et pragmatique, Atget ne semble pas réaliser qu'en plus de la formidable valeur documentaire de ces images nous éclairant, un siècle après, sur ce qu'était Paris, il signe en même temps une série de photographie qui, par leur aspect neutre et dépouillé, créeront un véritable style, une véritable écriture dont de nombreux photographes talentueux, tel Walker Evans, s'inspireront par la suite.

Jórdi Gourbeix

 

Informations pratiques :
Exposition du 27 Mars au 1er Juillet 2007
Bibliothèque Nationale de France
Site Richelieu Galerie de photographie
58 rue de Richelieu 75002 Paris
Du Mardi au Samedi de 10h à 19h
Le Dimanche de 12h à 19h
Fermé le Lundi et jours fériés
Tarifs : 7 € (5 € tarif réduit)
http://www.bnf.fr/

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