Accueil
RevuePratiqueTechniqueTestsVitrines

Dossiers

 
 Ed Ruscha, photographe minimal
 
Au site concorde de la galerie du Jeu de Paume est présentée, pour la première fois en Europe, la rétrospective du photographe Américain. Oeuvre singulière et inclassable, le travail d’Ed Ruscha joue avec les conceptions traditionnelles de la photographie.

On dit souvent des premières photographies d’Ed Ruscha qu’elles ont le format et l'apparence de clichés d'amateur. Ni documents, ni œuvres d'art, elles semblent relever davantage de la photographie ordinaire. Réalisées en Europe, en Californie du Sud ou dans l'Ouest américain, ces photographies ont très vite constitué une sorte de “road-movie“, d’inventaire des lieux et objets du quotidien croisé sur sa route.

Un « non-style »

« Je recherchais en fait un non-style, ou bien une non-affirmation dans un non-style. » C’est dans cet esprit qu’en 1961, Ruscha part en Europe pour un séjour de sept mois pendant lequel il photographie quotidiennement. De ce voyage, il ne ramène aucune image « souvenir » : aucune vue de la tour Eiffel, de la basilique St Pierre, ni de l’acropole. Ses sujets sont communs, usuels : plaques d’égouts, affiches, produits de consommation en vitrine, etc. Ce qui est exotique pour Ruscha, c’est la banalité.
En Europe, Ruscha photographie rarement plus d’une fois un sujet donné. Ses images mettent l’accent sur l’étrangeté et la plasticité de sujets isolés ou de scènes ordinaires. Elles renvoient pour la plupart à des aspects culturels typiques, sans qu’il y ai nécessairement d’indication de lieu. Il en résulte une forme d’anonymat qui indique que Ruscha n’avait pas l’intention de tenir un carnet de route mais qu’il choisissait ses sujets en fonction de leurs qualités graphiques intrinsèques. « Je voyais quelque chose qui, sur le moment, me semblait avoir de la vitalité, et je le photographiais. »

Une logique sérielle

Entre 1963 et 1978, Ruscha conçoit seize livres de photographies dont il assura lui même la publication. Chaque livre s’apparente à un inventaire de sujets prosaïques : stations services, palmiers, gâteaux, parkings – entre autres. Les images ont été prises de la manière la plus neutre ou, selon Ruscha, la plus « factuelle » possible. 




Le premier de ces petits livres, Twentysix Gasoline Stations, entrepris en 1962 et publié en 1963, introduit la démarche de l’artiste, qu’il poursuivra pendant deux décennies : « Quand j’ai fait les stations services, j’ai eu l’impression d’entrer dans la peau d’un grand reporter. Tout ce temps, j’ai fait des virées jusqu’en Oklahoma, cinq ou six en un an. Et en voyant toutes ces zones désolées entre Los Angeles et Oklahoma City, je me suis dit que quelqu’un devait ramener l’information en ville. C’était juste un moyen simple et direct de la prélever et de la rapporter avec moi. »
La logique sérielle de la prise de vue de Ruscha influença un grand nombre de photographe par la suite, y compris le couple Becher qui, à la même époque en Europe, faisait l’inventaire des grands sites industriels. Malgré ses  « défauts » apparents, l’œuvre de Ruscha exprimait en réalité une préoccupation tout à fait contemporaine.

Banalité du réel

L’œuvre de Ruscha a quelque chose de singulier, de peu courant. Photographie pauvre diront certains, présentation neutre, rendu inexpressif et cadrage aléatoire, on trouve dans ses clichés ce que l’on attend pas des images : du banal, du commun. 
Mais dans cette représentation de nos objets et lieux usuels s’immiscent une forme de parole, de critique, que partagent les artistes contemporains d’Ed Ruscha, ceux du Pop art et du Minimalisme : l'étendue des non-lieux, la vie standardisée et la banalité du réel.

Jórdi Gourbeix

N.B : Les citations de Ed Ruscha sont extraites du texte de Margit Rowell, Ed Ruscha Photographe, dans le catalogue de l’exposition au Jeu de Paume.


Galerie du Jeu de Paume
1 place de la concorde
75008 Paris

Du 31 janvier au 30 avril 2006

 

Horaires :
Mardi (nocturne) : 12h à 21h
Mercredi à vendredi : 12h à 19h
Samedi et dimanche : 10h à 19h
Fermeture le lundi


.:. Haut