Accueil
RevuePratiqueTechniqueTestsVitrines

Dossiers

Willy Ronis : lamoureux parisien


Trés courue, l’exposition
consacrée au photographe
qui fête ses 95 ans est un bel
hommage à son travail.

Des top-models qui posent sur de gros bidons d’huile métalliques : une photo de Guy Bourdin… non de Willy Ronis, parue dans le Vogue (n° 401) d’août 1960 ! Willy Ronis le photographe des petites gens, des quartiers populaires parisiens (Belleville et Ménilmontant), des amoureux de Paris, du réalisme poétique, le dernier des grands photographes humanistes français, a aussi fait des compositions pour ce magazine de mode. Explication : Edmonde de Charles de Roux, alors rédactrice en chef de ce titre, lui fit appel après qu’elle fut tombée sur une de ses photos montrant les occupants du bidonville de Nanterre en face de la raffinerie de Shell. L’exposition qui se tient actuellement à l’Hôtel de ville de Paris fourmille de ces anecdotes et donne à voir les différentes facettes du travail photographique de Willy Ronis.


 


Toujours à l'affût

 

       Willy Ronis a traversé le siècle dernier et ses photos scandent lhistoire, souvent sociale, de la France. Dès les années trente, il va suivre les ouvriers au travail et simmiscer dans les grands rassemblements populaires de  la gauche française (fête de lHumanité à Garches en 1934, manifestation du Front populaire, des vingt ans de la mort de Jaurès). Toujours à laffût, un rolleiflex à la main, ses photos en noir et blanc jouent tout à la fois de lintime — une fillette portée sur les épaules de son père lors dune manifestation, des ouvriers se baignant en juillet dans la fontaine de la place de la République — que du politique — le bonnet phrygien sur la tête de cette même fille, la belle jeunesse ouvrière en nombre à la fête de lHuma, ou louvrière Rose Zehler, se découvrant tribun, debout sur une table, haranguant les autres femmes de latelier pendant une grève dans les usines Javel-Citroën.


 


Le plaisir du photographe


 Mais lexposition ne sancre pas seulement sur lengagement politique du reporter-photographe Willy Ronis. Même sil est montré de nombreuses photos quil fit pendant les grandes grèves de lhiver 1947, et qui parurent dans Regards, la revue « communiste » de Louis Aragon, et même sil est relaté cet incident qui lui fit quitter lagence Rapho, en pleine guerre froide, parce quune de ses photos de syndicalistes français assemblés avait été recadrée et légendée péjorativement dans un journal américain, le New York Times. Non, ce que montre cette exposition est aussi, et surtout, lalacrité qui le porte à aller de lavant, dehors, dans la rue, surprendre un regard, une situation insolite (des enfants jouant dans les cuves vides dune péniche, une jolie automobiliste « reluquée » par un camionneur dans un embouteillage). Ce plaisir qui le fera photographier, dans les années soixante-dix, le Paris en mutation (les nouveaux quartiers des Halles, Beaubourg) comme il avait photographié trente ans plus tôt les rues de Belleville et Ménilmontant, la plupart maintenant détruites. Plaisir qui lamène aussi à la couleur, à sessayer au nu, et même à la photo de magazine de mode. Espiègle, il dira, sur cette dernière pratique, lors dune interview (1) « quil choisissait lui-même les mannequins ». Le plaisir, toujours.

Emmanuel Caron

 

(1)Lire, juin 1999.
« Willy Ronis à Paris ». Jusquau 18 février 2006.
Hôtel de Ville, 5, rue de Lobau. 75004 Paris. Entrée libre.

 

      Front populaire, 14 juillet 1936
        © Willy Ronis/Agence Rapho


        Rose Zehner, grève aux usines Javel-Citroën, 1938
        © Willy Ronis/ Agence Rapho


        RER, station Châtelet, 1979
        © Willy Ronis/ Agence Rapho

.:. Haut