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André Zucca © Zucca - BHVP - Roger-Viollet

Paris en couleurs

À l’occasion du centième anniversaire de l’autochrome, la mairie de Paris présente jusqu’au 31 Mars 2008 l’exposition « Paris en couleurs ». L’exposition présente plus de 300 photographies réalisées entre 1907 et aujourd’hui.

Prenant à rebours une certaine vision de Paris en Noir & Blanc, largement représentée par la photographie humaniste, l ‘exposition offre une représentation riche de la capitale. En même temps qu’elle retrace les métamorphoses de la ville (architecture, urbanisme, population), elle raconte aussi l’histoire de la photographie couleur.

1907-1930, les années folles
L’exposition présente en introduction la plaque autochrome des frères lumières.  C’est le 10 juin 1907 que les frères Lumière, déjà célèbres pour avoir inventé le cinématographe, découvrirent ce procédé qui, dans l’histoire des représentations, apparaît comme une petite merveille.
Le journal L’illustration fut le premier hebdomadaire illustré en langue française se voulant le témoin des événements d’actualité et de l’évolution de la vie quotidienne depuis 1843. Faisant figure de pionnier en matière d’illustration couleur, le journal dit de l’autochrome des frères Lumières : « Toute la nature vivante, sus ses aspects les plus variés, [est] reproduite et fixée avec la magie et l’harmonie de ses couleurs sur une petite plaque de verre ». 5 exemplaires originaux de l’illustration sont présentés dans l’exposition, ainsi que les œuvres de photographes ayant essentiellement travaillé à l’autochrome dès son apparition faisant ainsi figure de pionniers.

Les archives du banquier Albert Kahn sont à ce titre impressionnantes. En 1909, il lance le projet des Archives de la planète. Jusqu’en 1931, une quinzaine de photographes et cinéastes professionnels vont parcourir le monde pour le compte et aux frais d’Albert Kahn. Au final, ce sont plus de 72 000 autochromes qui seront enregistrés. Ce seront les tout premiers reportages internationaux en couleurs et, par conséquent, des regards neuf et essentiels sur les premières années du XXe siècle. Sur Paris, la collection Albert Kahn regroupe près de 5000 autochromes réalisés par ses opérateurs : Auguste Léon, Stéphane Passet, George Chevalier et Frédéric Gadmer. Les photographes se concentrent sur des scènes de vie ordinaires, opérant une sorte de constat neutre sans chercher à créer spécialement des effets artistiques. La couleur si spécifique de l’autochrome, cet aspect un peu délavé des rues de Paris crée pourtant un effet particulier proche du pictorialisme. Si les images sont dans leur sujet strictement documentaires, l’esthétique de l’autochrome leur donne définitivement le statut d’œuvre d’art à part entière.
Des films en couleurs sont également présentés rendant compte de l’activité des grandes places parisiennes à la fin des années 20. Ces images, photographies et vidéos ont ceci d’étonnant qu’elles témoignent d’un aspect méconnu de la capitale, la représentant dans une période joyeuse, animée et colorée.
 

1930-1960, l’évolution technique de la couleur 
L’apparition des images en couleur au début des années 1920 apparaît comme une véritable révolution. Mais le système autochrome présente encore des défauts que nombres de techniciens chercheront à améliorer au cours des années suivantes. Dès les années 1930 ; les frères Lumières chercheront à simplifier la prise de vue en couleur. Tout d’abord en créant le Filmcolor en 1931, puis le Lumicolor, commercialisé en 1933, tous deux sur support souple. Le lancement du Leica d’Oscar Barnack en 1935 favorisera l’apparition du format 6x9 et 24x36 sur film 35mm. Les nouvelles pellicules photographiques sont cependant réservées aux besoins des grandes revues qui commencent à imprimer des photos de publicité, de portrait ou de mode en couleur.

Gisèle Freund fut l’un des premiers photographes à faire du portrait en couleur. Réfugiée à Paris après avoir quitté l’Allemagne, elle réalise de nombreux portraits d’écrivains Parisiens comme Jean Cocteau, Jean-Paul Sartre ou Marguerite Yourcenar. Ses portraits, à la fois sensibles et engagés, marquent un tournant dans l’histoire de la photographie. La couleur modifie considérablement la perception des visages, des regards. La lumière elle-même semble différente, comme si la couleur pouvait faire apparaître la « matière » lumineuse. Plus proches du réel, les visages ne sont pour autant pas moins poétique qu’en noir & blanc.


La deuxième guerre mondiale marque une pause dans le développement de la photographie couleur. En effet, les images de Paris en couleur sous l’occupation sont extrêmement rares. Il était strictement interdit pendant l’occupation de filmer ou de photographier en extérieur, à l’exception de certains professionnels travaillant pour la propagande allemande. André Zucca, par exemple, était un reporter photographe connu avant-guerre, notamment pour sa collaboration avec Joseph Kessel. En 1941 il est réquisitionné par l’autorité allemande pour contribuer au magazine de propagande nazie Signal. Il est donc autorisé à photographier Paris et certains événements en couleur grâce à la toute nouvelles pellicule allemande Agfa. D’autres témoignages comme ceux de Walter Dreizner ou Jean Lemaire arriveront à passer à travers le filtre de la propagande nazie pour parvenir jusqu’à nous.
Alors que la photographie couleur est censée produire un effet de réel plus important que le noir & blanc, voir les images de Paris sous l’occupation allemande produit un effet déconcertant. Tout semble irréel, comme mis en scène, comme si cela n’avait pas réellement existé. Effet curieux de l’image qui nous a appris à regarder la guerre du XXe siècle en noir & blanc.
L’après-guerre est, nous le savons,  fortement marqué par la photographie humaniste en noir & blanc de Doisneau, Boubat et Ronis par exemple. Ce sont davantage chez les photographes étrangers que l’on trouvera des images de Paris en couleur. Robert Capa, par exemple,  photographe d’origine Hongroise, co-fondateur de Magnum,  photographia en couleur la mode parisienne dès 1948, facette très peu connue de ce grand photographe de guerre, réputé pour ses reportages en noir & blanc. Ernest Haas, photographe Autrichien, publie en 1955, un portfolio sur Paris dont quelques images sont présentées dans l’exposition. Avec des couleurs très présentes, voire presque saturées, les images de Haas peuvent donner l’illusion d’avoir été prises hier et laissent imaginer que Paris à traversé le temps sans jamais avoir changé.


                        
Lucien Lorelle © Collection Philippe Gallois

1960 à nos jours, la couleur partout
Dans les années 1960 la couleur prend une ampleur exceptionnelle jusqu’à supplanter totalement le noir & blanc. La destruction des halles Baltard est, par exemple un événement abondamment photographié en couleurs, même si ce sont d’abord les images noir et blanc très contrastées de Jean-Claude Goutrand qui nous viennent en mémoire. Les années 1970, l’avènement de la publicité et de la mode comme le pratiquait Guy Bourdin ont propulsé la couleur au premier plan des images tandis que les années 1980 et le glissement de la photographie vers l’art contemporain ont vu apparaître des tirages grand format en couleurs.

La ville, et en particulier Paris, devient un terrain d’investigation et d’expériences pour une multitude de photographes qui conjuguent l’effet de réalité de la prise de vue photographique à un esprit original, créatif, plastique. Parmi eux Gordon Matta Clark qui réalisa à Beaubourg une de ses œuvres les plus célèbres, abondamment photographiée, ou encore plus récemment Stéphane Couturier qui, dans sa série Archéologie Urbaine explore les entrailles de Paris, confrontant ensemble les plans, les masses, les couleurs.

La liste des photographes contemporains ayant pris Paris pour sujet est trés longue. On citera Martin Parr, Joel Meyrovitz, Phillipe Ramette ou Massimo Vittali, tous représentés dans l’exposition. Chacun apporte avec lui son idée, sa vision de cette ville que l’on appelle (et l’on comprend alors que ce n’est pas un hasard ! ) la ville lumière.

Jórdi Gourbeix

Paris en couleurs
Exposition présentée jusqu’au 31 Mars
Hôtel de Ville de Paris
Entrée 5 rue de Lobau
75004 Paris
Du Lundi au Samedi de 10h à 19h


                                                                              Philippe Ramette © Philippe Ramette - ADAGP Paris 2007- photographie Marc Domage

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