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                                                                                                  Belvédère - figure 2 - Tanger 2003

Yto Barrada

La jeune photographe expose, jusqu'au 11 Juin, au site Sully de la Galerie du Jeu de Paume, Le projet du Détroit, série réalisé entre 1998 et 2004.

Son travail photographique sur le Détroit de Gibraltar, entrepris il y plusieurs années, est né d'un constat : à Tanger, une grande partie de la population – en particulier les plus jeunes - est hantée par l'obsession du départ et le désir d'occident.

Le Détroit, véritable "goulet d'étranglement", est le lieu où convergent les désirs de fuites et la frustration liée à l'interdiction du départ : "Ce territoire de l'entre-deux a l'étonnante particularité d'être marqué par la coïncidence entre un espace physique, un espace symbolique, un espace historique et, enfin, un espace intime." Elle poursuit : " En arabe comme en français, détroit conjugue étroitesse (dayq) et détresse (mutadayeq) ".

Les images ne constituent pas une forme narrative, en s'approchant au plus près de ceux qui tentent leur chance dans le départ mais pointent ce qui, dans la situation politique, sociale, mais aussi géographique de la ville, encourage les jeunes à rêver d'un ailleurs. Usines aseptisées où les femmes, alignées sur des grandes tables, décortiquent des crevettes pour le marché occidental, silhouettes de jeunes gens, face à la mer, le regard fixé vers l'horizon, corps étendus, endormis, oubliés dans les jardins publics, immeubles aveugles, constructions rapides en attente de voisinage…

 

Galerie du Jeu de Paume - Site Sully
Hotel de Sully
62 rue St-Antoine, 75004 Paris
Métro St-Paul ou Bastille
Renseignements : 01 42 74 47 75 -- 01 47 03 12 52
Horaires :
Mardi à vendredi : 12h à 19h
Samedi et dimanche : 10h à 19h
Fermeture le lundi.

 



Dans ses images, l'artiste montre à quel point l'espace social, jusque dans l'espace urbain, est marqué par cette situation politique et territoriale inédite.

Les images enregistrées à l'aide son moyen format témoignent d'une réelle attention à l'égard de cette situation, et n'ont rien d'exotique ni de pittoresque. Mais son regard, le plus souvent, est loin de ceux qu'elle photographie. Peu d'échange entre le sujet et l'artiste qui, le plus souvent, photographie les gens à leur insu, en "état d'absence", comme dans la série des dormeurs.

On regrette alors, au fil de l'exposition, de ne pas pouvoir lire dans le regard des principaux concernés, les photographiés, cette volonté d'exil vers laquelle le détroit les propulse.
Yto Barrada semble loin, trop loin peut-être, de ceux qu'elle met en scène, l'attention plastique accordée aux images ayant pris le dessus.

 

                                                  Jordi Gourbeix


 

 

 

 

 

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