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Miguel Rio Branco,
artiste capiteux touche-à-tout

À la Maison européenne de la Photographie, le Brésilien nous invite à entrer
dans son univers : un saisissant patchwork dédié à la couleur.

 

Voilà une exposition baroque, flamboyante. Un feu d’artifice de couleurs : du rouge, du bleu, du vert (Red, Blue, Green— 1993, est d’ailleurs le titre d’une des œuvres présentées). De photos, bien sûr, mais pas seulement. Plaisir la douleur, l’exposition ainsi nommée par Miguel Rio Branco rassemble une partie de l’étendue et de la diversité de sa production artistique : des toiles peintes à New York dans les années soixante, des photographies pour l’agence Magnum, des photo-montages, des dessins, des installations (vidéo ou non).

Un bric-à-brac de photos
Cette profusion des genres surprend, déconcerte, voire perturbe le visiteur, comme ce scintillement répétitif d’un néon rouge d’une installation qui annihile les autres œuvres dans la première salle. Le montage de l’exposition ressemble, ainsi, à une tapisserie dans laquelle s’entremêlent, s’entrechoquent, à en perdre la tête, les différents médiums travaillés par Branco. C’est une invite à pratiquer un déréglement de tous les sens, à rechercher des synesthésies. Des rapprochements s’opèrent : avec Horse’s mirror— 1994-97, la photo d’un œil sombre, noir, d’un cheval est placée entre deux photos d’un ciel bleu reflété par un miroir tacheté . Des correspondances surgissent lorsque tout en regardant Barro, bric-à-brac de

 

plaques de photos montrant des corps nus mordorés, une statue en bois du Christ, des détails d’architecture et de peinture d’église, l’on entend au loin, imperceptible, la symphonie mortifère d’un orgue émise par une vidéo. Cette vidéo, elle-même, calfeutrée dans une pièce aux murs noirs sur lesquels sont accrochés des tableaux-photos, dont un portrait d’un boxeur sans bras, est le point culminant de Plaisir la douleur. Son dispositif mélange des séquences filmées avec des photogrammes d’une population des favelas (femmes, hommes et enfants) portant à même leur chair les stigmates d’une vie d’amour, de boissons, de violence, de plaisirs, le tout accompagné de musique qui rappelle étrangement les diaporama de l’Américaine Nan Goldin sur ses amis drogués homosexuels (et travestis) new-yorkais.

Des chiens errants, des femmes édentées
Son appartenance à l’agence Magnum (il y côtoya son compatriote photographe Sebastiao Salgado dans les années 80) ne l’empêche pas de photographier en dehors des canons (réalistes) du photojournalisme. Pourtant, la violence de la vie quotidienne n’est jamais éludée de ses clichés. Bien au contraire, elle est magnifiée par un travail sur la couleur. Ainsi du bleu, dans Blue tango1984-98, carré de neuf photos de deux jeunes garçons des favelas emportés dans la ritournelle d’une carpoeira— moitié danse luttée, moitié lutte dansée. De plus, en évidant les cartels de toutes légendes informatives, Miguel Rio Branco renonce à l’alibi du discours salvateur porté sur la photo de news, ce qui redouble la violence de ses photos. Pour lui, il y aura toujours des chiens errants, des femmes édentées, des écorchés de la vie à photographier car le progrès du genre humain est un leurre. Ayant vécu un peu partout dans le monde depuis sa naissance dans les îles Canaries en 1946, Miguel Rio Branco semble faire un pied de nez inconscient à l’antienne « Ordem e Progresso » (ordre et progrès) des drapeaux de son pays. À ce mot d’ordre, Miguel Rio Branco propose dans Plaisir la douleur une alternative poétique : chaos et fixité.


• "Plaisir la douleur", de Miguel Rio Branco. Maison européenne de la photographie, 5-7, rue de Fourcy, Paris-4e. Métros Pont-Marie, Saint-Paul.
Tél. : 01-44-78-75-00. Du mercredi au dimanche, de 11 heures à 20 heures. Jusqu'au 27 novembre.
• A voir aussi : galerie JGM, 79, rue du Temple, Paris-3e. Métro Rambuteau.
Tél. : 01-43-26-12-05. Jusqu'au 12 novembre.
• Un livre a été édité pour cette exposition Plaisir la douleur. Ed Textuel. 2005.  

Emmanuel Caron

Légendes des photos
(dans l’ordre d’apparition des photos, de haut en bas)
Photo 1 
Rosa Petro

Photo  2 Red, Blue, Green
Photo  3  Mona Lisa

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